L’enchantement des hauts plateaux du Vietnam

L’enchantement des hauts plateaux du Vietnam

 

Rizières, plantations de thé et de café se dévoilent lors d’une virée au cœur d’un paysage mamelonné.

«Il faut connaître les mauvaises routes pour apprécier les bonnes», lance avec sagesse Tran Van Tue, le guide francophone. Et de rajouter, goguenard, devant la première crevasse: «Ici, on les appelle les nids d’éléphant

La route quitte la plaine de Quy Nhon, cité balnéaire et ancienne ville du royaume disparu du Champa. Débute un road trip de quatre jours dans la région vallonnée des hauts plateaux, à l’écart du tourisme de masse. Certaines provinces seront inaccessibles aux voyageurs dès la réunification du pays en 1975 et ce, jusqu’en 1993. En marge des Viets, le pays compte 53 ethnies minoritaires. Une quarantaine d’entre elles vivent dans le centre. Elles possèdent leurs propres coutumes, lois et croyances. Certaines revendiquent leur indépendance tandis que d’autres seront au fil de l’histoire dépossédées de leurs terres. De fait, tensions et incidents parfois persistants rendent la région encore politiquement sensible.

Des buffles et des motos

Si les villes aux artères poussiéreuses sont dénuées de charme, la carte postale pittoresque et la découverte de la diversité ethnique rendent l’escapade pastorale et enrichissante culturellement parlant. Le klaxon résonnera au gré des buffles et des motos barrant parfois inopinément le passage. Les devantures des échoppes vantent une cuisine délicieuse composée de soupes aux nouilles agrémentées d’herbes fraîches, de riz parfumé et parfois de saucisses canines, une spécialité locale.

Une ambulance dépasse à vive allure. De la fenêtre, une infirmière jette des liasses de faux billets multicolores: «Le passager vient de rendre l’âme. En éparpillant cet argent, on sème les démons», commente Tran Van Tue. Ces superstitions occupent le quotidien des Vietnamiens. La date d’un mariage sera, par exemple, préalablement validée par un astrologue. L’architecture des maisons relève aussi de ces croyances. Étroites et profondes, avec des chambres qui se succèdent en enfilade, elles empêcheraient l’argent de trouver la sortie.

Les grains de café dorent au soleil

Sur la nationale 14 qui relie Pleiku à Buôn Ma Thôt, anciennement appelée la piste Hô Chi Minh, des écoliers en uniforme, l’écharpe rouge fièrement arborée, saluent d’un geste amical: «Xin chào!» On s’invite, le temps d’une parenthèse, dans la cour d’une famille, des connaissances du guide. Des villageois honorent un voisin décédé. Agenouillé, un aïeul porte un bébé emmailloté dans une écharpe. Son tatouage sur l’avant-bras interpelle: «Souvenir de guerre», couple-t-il d’un sourire édenté. «Des vétérans américains reviennent en vacances dans la région. Certains soutiennent des ONG locales», reprend Tran Van Tue. La réunion se poursuit arrosée d’alcool de riz.

Les rizières miroitent de l’autre côté de la fenêtre de la voiture avec les silhouettes des paysans rehaussées d’un couvre-chef conique. Sur la terre rouge, des graines de café arabica ou robusta dorent au soleil. Dans les basses-cours, des cochons nains narguent le coq de combat dans sa cage avant l’heure de la joute, le passe-temps favori des campagnards.

Le panorama mue avec les 1500 mètres d’altitude de Da Lat. Les champs de poivriers cèdent la place aux alignements d’hévéas, l’une des plantes introduites par le Suisse Alexandre Yersin. Le collaborateur de l’Institut Pasteur convaincra, à la fin du XIXe siècle, les fonctionnaires français de Saigon de faire de cette «ville du printemps éternel» leur destination de villégiature. En raison de son climat tempéré, l’exploitation de tabac, de rose, de tulipe occupe dès lors le devant de la scène agricole. Sur la route qui nous ramène à Hô Chi Minh-Ville, le climat doux de la région de Bao Loc est quant à lui propice aux théiers.

Spectacle de rites animistes

Les villages de Lê et de Jun, situés aux abords du lac de Lak, site naturel encore protégé, se visitent obligatoirement en présence d’un guide local. Dans une maison construite sur pilotis et coiffée d’un toit de chaume, une troupe de l’ethnie Mnong orchestre un spectacle folklorique sur leurs rites animistes. Dans un coin, une représentation de la Vierge témoigne du passage des missionnaires français qui les ont convertis au catholicisme. Au programme, gongs, xylophones en bambou, chamane, chanteurs et danseuses. À l’issue du spectacle, l’étranger profite d’une balade en pirogue ou à dos d’éléphant pour parfaire le cliché.

L’arrêt suivant, plus authentique, se fait au village de Plei Phun de l’ethnie Jaraï. Hril Sui, issu de cette peuplade, communique, fait rare, en vietnamien et en anglais. Auteur d’un recueil sur les légendes transmises oralement, cet habitant de Pleiku, se bat pour la préservation du patrimoine culturel et du dialecte.

On apprend que le régime matriarcal permet aux femmes de choisir leur époux. Ceux-ci emménagent avec leur belle-famille après une âpre négociation de la dote: bétails, tissus, bijoux. Par élan de pragmatisme, le gendre se retrouve parfois mis à l’épreuve avant le mariage. L’investissement ne serait-il pas mauvais s’il s’avérait fainéant?

(Source info: www.tdg.ch)