Le culte des ancêtres

Le culte des ancêtres — Carte postale du Vietnam

 

Au Vietnam, on ne rend pas visite à ses ancêtres une fois par an à la Toussaint, oh que non : on les héberge, on leur rend hommage, on les nourrit et on leur fait même des cadeaux… dont le fameux durian, ce fruit à l’odeur pestilentielle !

Le Vietnam est un pays magnifique et j’aurai l’occasion de vous envoyer des « cartes postales » dignes des meilleures émissions télé « découverte et voyage », promis. Mais je choisis aujourd’hui de vous faire entrer dans la culture nationale à travers la découverte d’une tradition très importante qui fait partie de la vie de tout-e Vietnamien-ne : le culte des ancêtres.

Du respect des plus vieux…

Comme dans beaucoup de pays asiatiques, pour ne pas dire tous, le respect des anciens, des parents, des aînés (de toute personne plus âgée que soi-même, en gros) est primordial et se décline de différentes façons.

En premier lieu, dans la langue vietnamienne, il y a différents pronoms qui permettent de marquer le respect selon la personne à qui l’on s’adresse. Par exemple, si je communique avec une femme plus âgée que moi, je peux l’appeler Chị (« grande sœur »), Cô (« tante ») ou Bà (« grand-mère »), selon son âge. Le pronom pour dire « je » varie également selon cette hiérarchie.

Ça c’est pour faire simple, mais le niveau de complexité grandit pour désigner les membres d’une même famille : on doit prendre en compte le côté paternel ou maternel, le rang de naissance des frères et sœurs, et caetera !

…au culte des morts

Respect des anciens, donc, et des morts également, avec le culte des ancêtres. Cette tradition n’est pas spécifique à la religion bouddhiste et demeure pratiquée par la majorité des Vietnamiens. C’est une façon de conserver les relations entre vivants et morts d’un même clan.

Les Vietnamiens ne croient pas que les morts disparaissent, mais qu’ils hantent l’autel des ancêtres qui leur est dédié (oui, en gros, tout le monde croit aux fantômes). Cet autel est une table sur laquelle sont disposées les photos des morts de la famille. On y met aussi des brûle-encens, des chandeliers et de la décoration plus ou moins kitsch (faux fruits et fleurs, lampions…).

La première fois que j’ai vu l’autel de mes ancêtres, avec mes arrière-grands-parents, ma grand-mère et certains de ses frères et sœurs, ça m’a fait un peu bizarre mais j’ai aussi trouvé ça chouette ! Comme je n’ai pas eu le temps de connaître ma grand-mère, ça me touche, je suis heureuse qu’elle soit sur cet autel pour qu’on ne l’oublie jamais.

Parfois, l’autel des ancêtres peut occuper toute une pièce, chez les gens qui ont la chance d’avoir une grande maison. C’est dire combien il est important de prendre soin de « ses » morts.

Papy et Mamie viennent dîner…

L’autel est régulièrement approvisionné en nourriture et cadeaux, et on y brûle de l’encens au moins deux fois par mois, le 1er et le 15 du calendrier lunaire. Pour la nouvelle année lunaire, le Têt, la famille doit nettoyer les tombes des ancêtres et les inviter à célébrer le passage dans l’année suivante. Ils sont conviés dans la maison le 1er jour de la nouvelle année et repartent après avoir partagé les repas du 3ème jour.

Concrètement, on prépare des plats végétariens pendant ces deux jours : ils sont posés sur les autels pour que les ancêtres en profitent, puis c’est la famille qui les déguste !

On célèbre également l’anniversaire du décès de chaque ancêtre. À cette occasion, la famille cuisine des plats végétariens et offre à la personne concernée des choses dont elle était particulièrement friande. Cela peut être des cigarettes, une bouteille de whisky, ou encore… du durian.

Le durian, parlons-en !

L’un des premiers commentaires postés sur mon premier article (Carte postale d’Ho Chi Minh Ville (alias Saigon), au Vietnam) était : « as-tu déjà mangé du durian et est-ce que tu aimes ça ? ». Eh bien, mes ami-e-s, je n’en avais jamais mangé ! J’avais déjà goûté des gâteaux au durian, mais pas le fruit lui-même.

Alors quand l’occasion s’est présentée il y a une semaine, lors de l’anniversaire de la mort de mon arrière-grand-père, fan de durian, j’ai su que le moment était venu. Je ne pouvais plus vivre au Vietnam sans avoir jamais mangé ce célèbre fruit.

Ma tante m’a dit : « Vas-y, c’est bon, c’est sucré, c’est pas comme l’odeur ». C’est vrai que l’odeur du durian est très forte… voire pestilentielle, pour être honnête. Dans certains pays, il est formellement interdit d’en vendre en magasin fermé, ou de les transporter en bus, tellement ça empeste !

Pour le goût et la texture, je dirais que c’est comme… de la margarine sucrée à l’ail. Cette description est courte (j’en ai pas mangé beaucoup, c’était pas possible, j’ai fait de mon mieux, j’ai pas pu), complètement subjective et plutôt gentille. J’ai des potes (vietnamiens surtout) qui adorent le durian, et d’autres (principalement non-vietnamiens) qui disent que ça a le goût de poubelle !

Honnêtement, je ne pense pas que j’en remangerai, paix à l’âme de mes ancêtres !

(Source media: madmoizelle.com)